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Récit et photos de l'île de Beauté

Petit parcours corsé
20/04 
Lama – Galeria: 102km
Ça y est, c'est reparti pour un petit tour en ce mois d'avril. Et je retrouve Jacques en pleine forme. Bon, je porte quand même réclamation. Aurait-il un vélo non conforme? Non, mais il porte juste 25kg de moins que moi. Avec mon VTT, je fais ainsi pâle figure aux côtés de son vélo de route Ciocc en carbone.

Quoi qu'il en soit, fier de mon nouveau statut de sherpa, je pars à l'assaut de...la descente vers l'Ile Rousse. Et oui! Nous partons d'un gite où logeront mes parents ainsi que ma sœur pendant près d'une semaine, qui est situé dans un village perché dans les montagnes et le maquis.
Au bout de quelques mètres, patatra! Premier coup de théâtre, ça promet! Jacques explose son pneu.
Bon, pour cela, SOS voiture, qui est restée au gite, et nous emmène vers un marchand de vélo à l'Ile Rousse pour en acheter un nouveau. Nous remettons alors notre départ à l'après midi.
Et pas de chance, il pleut. Petit Jésus nous en voudrait-il de nous voir visiter cette île magnifique?

Non, le temps s'améliore (merci petit Jésus), après être repassé chez notre fameux marchand de vélo de l'Ile Rousse afin de faire resserrer l'axe de ma roue qui avait du jeu. Ce problème sera récurrent durant toute la durée du voyage.
Sur la route qui nous mène à Calvi, il y a beaucoup de circulation. A tel point que je perd Jacques. Je pensais qu'il était derrière. Je fais demi tour, l'attends. Et bien non, il était devant! Bon, de toute façon, je me dis que si je le perds, il ne pourra pas aller bien loin: l'île n'est pas très grande...
Lors de ce voyage, je suis confronté à un autre grand problème de taille: je n'ai pas d'appareil photo numérique. Ma sœur a préféré en garder le monopole. Il nous faudra donc acheter un appareil photo jetable, ce qui est fait à Calvi. Les photos proposées ne seront alors pas d'une grande qualité, et veuillez m'en excuser. J'ai quand même rajouté sur mon récit quelques photos prises avec l'appareil photo numérique au départ et à l'arrivée, périodes durant lesquelles je pouvais en avoir l'accès.

Après Calvi, la route devient plus calme, avec beaucoup moins de circulation. Nous longeons la côte par une route défoncée mais très tranquille, au milieu de nulle part. C'est magnifique, c'est la Corse. Nous sentons alors ces odeurs si caractéristiques du maquis. Sur la route qui longe les criques sauvages, il n'y a ni véhicule, ni habitation.

J'aime bien cette fraicheur du soir, et mes sensations sur le vélo s'améliorent sur cette route vallonné, en passant notamment le col de Bassa, qui culmine à une altitude à faire pâlir les cols du Ladakh: 120m!

A Galeria, je campe près d'une ancienne tour Génoise, avec pour vue le golfe irradié par un coucher de soleil coloré. L'endroit pour bivouaquer est merveilleux. Si Jacques préfère dormir dans un gite, nous prenons tout de même notre repas ensemble près de mon bivouac, sous le regard étonné de quelques promeneurs.
Rien ne semble ternir notre fin de journée...

Bivouac de rêve...

21/04
Galeria – Ajaccio: 134km
Après avoir pris notre petit déjeuner, nous sommes interpellé par un habitant local qui nous demande de partir rapidement. En effet, le camping sauvage est interdit en Corse. J'espère que vous avez compris, car le sens de cette dernière phrase m'échappe, et continuera à m'échapper tout le long de la semaine.
Ce matin, c'est assez amusant de voir, ou plutôt d'entendre des locaux, des officiels, se donner rendez-vous, puis s'enfermer dans cette tour génoise pour discuter en Corse des affaires du village de Galeria.
Je profite aussi du moment pour parler de Gênes. Quel est le rapport me direz vous? Tout est dans la tour génoise. En effet, en 1284, la Corse devint la propriété de Gênes, qui détenait l'un des deux évêchés de avec Pise, grâce à sa victoire navale de Meloria face à cette dernière. L'occupation génoise sur l'île se fit de plus en plus grande jusqu'au XVIè siècle. En 1730, la présence de Gênes déclinait et du faire face à la multiplication des velléités. La Corse déclara en effet en cette année son indépendance, qui ne sera toutefois qu'éphémère. Gênes, qui n'avait jusqu'alors jamais perdu tout ses droits sur l'île, la cèdait finalement à la France en 1768.
Le soleil persiste sur la côte, mais dans les montagnes, le temps est pluvieux. Super, nous longeons encore la côte. Bref, comme disait l'autre (Coluche dans l'un ses sketches), «On n'est pas les plus maLheuLeux».
Nous entamons donc la journée avec le col de la Croix. 10Km! Bon, si je vous dis le pourcentage moyen, vous allez rire. Vous savez quoi? Je le dis quand même: 3%, et régulier en plus! Bref, pas très difficile.
Au sommet, la vue sur le golfe de Girolata est des plus fantastiques. Ni Jacques, ni moi même ne regrettons pas d'être venus en Corse.

Il s'en suit le Golfe de Porto, par une route vallonnée, dont certains endroits ne sont pas moins merveilleux.





Regardez bien la falaise. Remarquez le point rouge. Quel merveilleux endroit pour bivouaquer!

A Porto, c'est parti pour une nouvelle montée, de 6km, bien plus pentue que la prétendante, vers Piana. Nous passons devant les Calanques. MA-GNI-FIQUE!! Mais très touristique, même en ce mois d'avril.




Golfes de Porto et de Girolata.

Le village de Piana, qui se revendique comme l'un des plus beaux villages de France, relève pourtant, quant à lui, d'un intérêt moyen. Nous nous dirigeons alors vers la longue descente puis les petits vallons jusqu'à Cargèse. De là, nous longeons la mer jusqu'à Sagone, sur une route plate parsemée de quelques palmiers. Bref, un décors très exotique.
Sur la route après Sagone, nous dépassons un cycliste armé comme nous, de sacoches. Affaire à suivre...
Dernière montée: le col (bocca) San Bastiano. 6Km encore, et dure, surtout en fin de parcours. Bon, je pense au Zoncolan, fait l'été dernier. Ca n'a quand même rien à voir...
Dans la descente, les paysages toujours superbes révèlent la verte nature sauvage d'un mois printanier assez arrosé. On se croirait en Écosse.

La descente vers Ajaccio se passe assez rapidement, même si je me sens épuisé par les efforts fournis dans cette dernière montée. La circulation se fait plus dense. Elle l'était déjà, depuis Sagone. C'est dans le chef lieu de la Basse Corse que nous passerons la nuit. Et en plus, nous la passerons dans un bateau appartenant à un ami de Jacques. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le rangement n'est pas parfait sur ce petit voilier en rénovation. Mais c'est parfait pour dormir.
Le restaurant (Da Mamma) et la bouteille de vin qui clôturent la soirée ne sont pas pour déplaire.
Vivement demain et l'arrivée de la montagne...

 

22/04 
Ajaccio – Col de Bavella: 101km




Il suffit d'observer la réaction dédaigneuse de nos voisins du moment envers nous pour s'apercevoir que l'on passe pour des sans-abri et que cela ne leur plait pas. Pourtant, dormir sur un bateau dans le plus grand bordel était assez sympathique. Et bien à toutes ces personnes, je tiens à délivrer un message: vous signifiez si peu à mes yeux que je m'en moque.
Après 10 minutes de pédalage intensif (20 de moyenne sur du plat!), nous rencontrons notre cycliste de la veille, croisé après Sagone. Gilles, un jeune cyclo itinérant de 68 ans venu de Nice parcourant la Corse. Cet ancien policier, très sportif, alternant course à pied et vélo notamment durant son temps libre, nous fait part de sa bonne humeur et de sa joie de vivre. Voici d'ailleurs son site internet:
www.gillou.biz.

Après avoir roulé quelques kilomètres en sa compagnie, nous nous séparons et entamons une longue montée vers le col de Saint Georges, situé à 750m d'altitude (partant d'Ajaccio, donc du niveau de la mer).
Mais ce n'est pas fini! Un deuxième col (col de St Eustache, suivi immédiatement du col de la Tana) nous attend. Et celui là est à plus de 1000m d'altitude (toujours en partant d'assez bas). Nous empruntons une petit route, sur laquelle jaillissent une dizaine de cochons sauvages, intrigués par notre présence. Il comprennent quand l'on fouille dans une sacoche, et il en faut peut pour qu'il ne la mangent, les goinfres.



Au sommet, qui se fait attendre, nous rencontrons un groupe de cyclistes sur route qui se dirigent vers Zonza et qui nous proposent de loger avec eux à l'hôtel, pour des tarifs un peu réduits. Le souci, c'est que demain, je continuerai ma route vers le Haut Asco, et que, partant de Zonza, ça fait un peu beaucoup quand même!





Avant Zonza et le pied du Bavella, la route est très vallonnée. Je commence à souffrir, et je fini les 9 derniers kilomètres du col de Bavella épuisé, après avoir effectué 2500m de dénivelé positif dans la journée (pour un bourricot, ça fait pas mal. Mais j'ai encore des progrès à faire, je suis loin de mon record personnel avec mon vélo-sacoches).

Le temps de planter ma tente à l'abri du vent qui souffle très fort, et j'ai déjà un peu récupéré.
Jacques, quant à lui, dors dans un refuge, et nous mangeons ensemble, et surtout, buvons encore une bouteille de vin Corse aux côté d'un délicieux fromage Corse. Vive le vélo, vive le vin!

Magnifique coucher de soleil derrière la montagne

23/04
Col de Bavella – Haut Asco: 175km

Il fait enfin beau! Pas un nuage à l'horizon! Youpi!Pour commencer, 30km, presque exclusivement de descente! Youpi!
Mais Jacques, quant à lui, rentre sur Porto Vecchio afin de prendre le ferry le soir pour Marseille.
Je descends donc seul, passe le Bocca di Larone, 2km de montée avant de reprendre la descente. Les paysages sauvages sont fabuleux, à travers les piscines naturelles, les gorges, les ruisseaux, et à la vue splendide des aiguilles de Bavella.



Je me dirige alors vers une nationale, composée de longues lignes droites durant lesquelles je me fais incessamment piqué toutes sortes d'insectes. Direction Aleria. 
Colonie phocéenne du VI è siècle avant J-C qui prit alors le nom de Alalia, elle fut prise en 535 avant J-C par les Etrusques après la bataille du même nom avant d'être notamment conquise pas Rome en 256 avant J-C.
Dès lors, les épiceries, les boulangeries, c'est fini jusqu'à Corte, situé à 50km de Aleria. Il s'agit donc de dégarnir ses provisions.
Le temps est lourd, mais je bénéficie d'un vent de dos fort en permanence. J'arrive donc vite à Corte, après 115km. 
Corte, c'était l'ancienne capitale de Corse lors de sa courte indépendance, sous Pascal Paoli.
Aujourd'hui, la ville est devenue un ''formidable pôle universitaire'', le pôle universitaire de Corse, accueillant la somme astronomique de 3000 étudiants (sur une ville aux chiffres tout aussi impressionnants: 7000 habitants). Et là, je retrouve Paul, mon ancien voisin en citée-universitaire à Aix en Provence. Après de brèves retrouvailles avec ce ''Supercorseman'' autour d'un verre, il est temps de finir ma journée en beauté. La route pour le Haut Asco est encore longue, et il est déjà plus de 17h.


Alors que quelques nuages parsèment le ciel, j'entame le collo Di San Quillco, sans difficulté apparente. Et c'est la descente, longue descente, puis faux-plat descendant jusqu'à Ponte Leccia.

Gorges de l'Asco

Puis, c'est le début de la longue, très longue montée vers le Haut Asco, située à 1490m d'altitude. Elle débute doucement, avec une entrée spectaculaire dans des gorges somptueuses. Mais ce n'est qu'un début. Les pentes sont progressives, et la montée est de plus en plus raide, toujours en longeant une rivière tumultueuse. C'est aussi irrégulier, avec des passages à plus de 12%, suivies de replats. Bref, pas une montée faite pour mon chargement. Je préfère quand c'est long et régulier.
Sensations sont indescriptibles que de rouler seul, sans voiture, sous des pins innombrables, à la vue des cimes enneigées culminant à plus de 2000m d'altitude.
Mais je reviens vite à la réalité. La montée est très longue, et commence à devenir interminable. Il est déjà 20h30, et la luminosité se fait de plus en plus rare. J'arrive enfin à la petite station de ski du Haut Asco vers 21h, et pose illico ma tente, alors qu'il commence à faire nuit. Ce soir, je ne prendrai pas de douche malgré la forte chaleur de la journée (ça rappelle aux bons souvenirs de mon périple de septembre dernier). Pire encore, je ne buvrai pas de vin, le tire bouchon ayant cassé dans le bouchon.
Avec la nuit humide qui se prépare, ce n'est pas la plus agréable des soirées à laquelle j'aurai assisté en Corse.

 

24/04 
Haut Asco - Lama: 50km
Lever à 7h30. Il fait encore beau. Mais le temps de le penser, des nuages recouvrent déjà le bas de la vallée. Le Haut-Asco est miraculeusement encore juste au-dessus des nuages. Pas pour longtemps...
Dès lors, s'engage un véritable contre la montre. Je veux faire une photo de ces monts merveilleux, aux éclats d'une neige encore tenace en ce mois d'avril. 8H30 (je sais, je suis long à me préparer...), je me mets à courir pour prendre la photo. Trop tard...La faute aux nuages, mais aussi à mon appareil: plus de photo. Ah là là, sacré jetable!

Cette photo, trouvée sur internet, illustre ce que j'ai eu devant mes yeux ébahis.


Du coup, je suis entièrement plongé dans un épais brouillard. Après avoir donc pris un petit déjeuner bien chaud, je descend les 30km que j'avais monté hier. Il n'y a pas photo (dans tous les sens du terme). La descente, ça passe beaucoup plus rapidement!
De surcroît, le retour de soleil vient s'ajouter à ma bonne humeur...vite ternie par de la montée, sur la route reliant Ponte Leccia et L'Ile Rousse. Puis descente, et les 3 derniers kilomètres d'ascension vers Lama que j'avais descendus le premier jour. J'avais oublié à quel point ils étaient coriaces, avec des passages à près de 15%.
Et c'est déjà fini de la journée, et même de mon petit raid!
Je peux prendre enfin une douche.
Dans l'après midi, je suis touché par une grave maladie (grippe porcine s'abstenir): la flemmite.
Je ne quitte plus la chambre d'hôte et passe le reste du temps devant la TV, qui en est l'un des symptômes. Le pire, c'est que cette flemmite s'avère tenace. Puisque le lendemain sera également un jour de repos. J'essayerai de conjuguer, de guérir de cette maladie en la soignant le 25 avril un peu de vélo, histoire de prendre quelques photos avec un appareil numérique retrouvé. Rien n'y fera! Le vent fort qui se mettra à souffler ce jour la l'aura, au contraire, certainement aggravé...Bref, mon petit tour de Corse est fini.

Ce fût, un séjour de courte durée, certes, mais qui m'aura permi de m'entraîner et de préparer mon prochain voyage cet été: en Turquie et en Géorgie. Vivement cet été! Et c'est sur ce que je vous dis z'a bientôt!

 


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