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BISHKEK - DELHI
 

Géorgie: Grand Caucase

Des Lira(s) aux Lari(s)
4/07
Sarp - Zugdidi: 155km
Une heure supplémentaire de décalage...Moi qui croyais être parti à 7h, me voilà sur le vélo à 8h.
J'essuie une première averse. Eh oui! Je suis de retour sur la côte de la Mer Noire, où le temps, très arrosé, change rapidement.

Vue de mon lieu de bivouac: une mosquée située à 30m du grand poste frontière

Le profil est tout plat, pas une côte (à la limite lorsque je dois passer sur un pont, ça monte 50m...).
Aussi, j'arrive rapidement dans la ville balnéaire de Batoumi. Je suis dans la capitale de l'Adjarie. En effet, jusqu'en 2004, l'Adjarie pouvait être considérée comme une République bananière tant son statut était autonome vis à vis de la Géorgie. Après l'indépendance de cette dernière, et de la guerre civile durant les années qui suivirent, l'Adjarie est tirée vers une indépendance de fait. Si l'ancien président géorgien Chevardadzé n'a rien pu faire pour reprendre le contrôle politique de cette région, il aura fallu attendre l'avènement du jeune Mihail Saakachvili pour ramener l'Adjarie sous le giron géorgien.
Quoi qu'il en soit, malgré le climat subtropical, les plantations de thé, et les plages, je roule malgré tout dans un décor où le soviétisme occupe une place majeure, notamment dans l'architecture. Et encore, je n'ai pas encore tout vu!
Sur les grands axes de communication (et je verrai que la Géorgie n'en possède pas beaucoup), les automobilistes roulent inconsciemment, et me frôlent fréquemment. Sur la voie d'en face, beaucoup n'hésitent pas à dépasser malgré ma présence...
Il fait maintenant chaud. Néanmoins, le temps est assez humide (certainement l'influence de la végétation, dense).
Petit réconfort, à Batoumi, je déguste mon premier khatchapouri (A vos souhaits?), le plat le plus répandu en Géorgie. Il s'agit d'une galette de pain dans laquelle est déposée du fromage, des oeufs, et du sel. C'est délicieux. J'apprendrai par la suite que c'est en Adjarie que sont faits les meilleurs khatchapouri de Géorgie (''kh'' se prononce ''r''). Et je suis repus pour 1,1 lari (0,5€)!
Je pars à l'assaut des seuls vallons de la journée, 3-4 côtes peut être. Bref, comme il fait chaud, je fais une halte sur la plage (pas top en propreté...) pour m'y baigner quelques minutes.
En Adjarie, peut être pourrez vous apercevoir quelques mosquées. Étonnant pour un pays orthodoxe? En fait, l'Adjarie était une ancienne province ottomane, puis turque, jusqu'en 1921, avant d'être cédée à l'URSS. Ce n'est que depuis l'ère Saakachvili (depuis 2004) que l'on observe des conversions massives à l'orthodoxie (religion d'État).
Mais je quitte déjà l'Adjarie pour la Mingrélie. Enfin, j'imagine...Parce que les panneaux sont tous en écriture géorgienne, que je ne comprends pas (heureusement que les panneaux fournissent également des renseignements en écriture latine, ou cyrillique).
J'arrive à Poti, dans une zone marécageuse, subtropicale, et humide. La ville est amorphe, sans vie, comme beaucoup d'anciennes villes soviétiques. J'y passe alors rapidement.
Je m'arrête dans une station service. Pas pour y prendre de l'essence au prix de 0,55€ environs le litre, mais de l'eau. Finalement, ce sera une toute autre essence que le pompiste me donnera. Giorgi me fait partager son repas, arrosé de 3 verres de vodka! Si la vodka en Géorgie remplace le thé en Turquie, quelque chose me dit que cela ne va pas être triste...
Giorgi veut m'inviter à dormir. Mais il est encore tôt. D'ailleurs, j'espère pouvoir profiter du beau temps pour arriver le plus rapidement possible en Svanétie, où le temps est également très changeant.

En compagnie de Giorgi

Je continue donc. Quelques kilomètres plus loin, alors que je m'arrête quelques instants pour étudier ma carte, un vieil homme sort de sa maison et veut, lui aussi, m'inviter à dormir. Encore une fois, je refuse, la mort dans l'âme. Je dois continuer au moins jusqu'à Zugdidi... Ces gens sont d'une hospitalité rare. Je repars non sans plusieurs bises de cet homme très humble et chaleureux.
La route est encombrée...de vaches! En Géorgie, il y en a même sur les grands axes routiers! Le pire, c'est qu'elles ne semblent pas réagir aux klaxons des automobilistes impatients: elles ne bougent pas. Si les vaches sont très nombreuses et le seront encore durant tout mon tour dans ce pays, je peux également voir des moutons ou des cochons sauvages sur la route...

Bison Futé prévoit un important traffic bovin...

Arrivé à Zugdidi, je mange dans un restaurant...un autre khatchapouri. Le meilleur de tout ceux dont j'aurai pu gouter en Géorgie. Je rencontre alors Safi, la serveuse, et l'une de ses amies, Anita, avec lesquelles je discute longuement, notamment sur la situation de la région, et de l'Abkazie toute proche. D'après elles, avec certaines connaissances, l'on peut se rendre dans cette République autonome de fait (l'indépendance n'est pourtant pas reconnue par une partie de la communauté internationale), et dont la frontière avec la Géorgie est fermée.

En charmante compagnie de Safi et de Anita.

Je trouve abri dans les vestiaires du stade de football de cette ville de plus de 50 000 habitants. La police, qui m'y a emmené, m'offre une quelques bières.
Bref, pour cette journée, j'ai encore pu bénéficier d'un accueil formidable. Je sens que je vais me régaler dans ce pays, d'autant plus que demain, ce sera mes premiers tours de roues dans le Grand-Caucase...


''C'était un géorgien. C'était un homme de la plaine'' (Alexandre Dumas)
5/07
Zugdidi - Etcheri: 120km
Cette citation du célèbre écrivain français ayant voyagé longuement en Géorgie au XIXe siècle, peut paraitre paradoxal dans un pays où la montagne est quasiment omniprésente. Le Grand Caucase au Nord, et le Petit Caucase au Sud.
Pourquoi donc avoir eu cette réflexion? Parce qu'il n'y a pas une Géorgie, mais plutôt des Géorgies. Nous l'avons vu un peu hier avec l'Adjarie. La Géorgie est en fait composée d'une mosaïque de peuples. Les adjares, les abkhazes, les ossètes...Aujourd'hui, je me dirige dans une région bien particulière: la Svanétie. Comme la plupart des peuples vivant en Géorgie, les svanes ont leur propre dialecte, et sont assez fier de leur appartenance.
Voici ce qu'annonçait le guide du Petit Futé:
''Peuple bandit, les svanes ont la réputation de n'obéir qu'à leurs propres lois ancestrales et de tendre à détrousser l'étranger qui pénétrerait sur ses terres...Un peuple dur, aux traditions violentes et impitoyables, que même la collectivisation n'a pas délogée.''
Le site officiel diplomatie.gouv.fr déconseille cette région sans compagnie d'un guide.
Raison de plus pour tenter la Svanétie à vélo! Le gouvernement géorgien à par ailleurs renforcé la lutte contre le banditisme, et il semblerait que la région soit plus sûre depuis 4-5 ans...
Je pars donc à 8h, mais je suis encore un peu fatigué. La route est défoncée. Je me remémore ces souvenirs de la Roumanie...sauf qu'en Géorgie, les routes sont encore pires (quand il y en a...)!

Premières vues sur le Grand Caucase

Il y a une première montée, de 8km, au dessus d'un barrage, avant une partie plus vallonnée, mais où je bénéficie d'un fort vent de dos. Le ciel commence lentement à se couvrir. Je m'arrête dans un commerce, pour boire un thé à 5 laris (plus de 2€)! Si ça commence comme ça, ils l'auront voulu: je n'achèterai plus rien durant tout mon passage en Svanétie, si ce n'est du pain.
Quelques kilomètres plus loin, je reçois un accueil qui me fera oublier cette mésaventure. Je suis invité à partager le repas d'apiculteurs, avec qui je bois 3 verres de vodka, et qui me donneront 1l de miel pour continuer mon voyage. En repartant, ils chantent en cœur pour me souhaiter la bonne chance. Des chants montagnards qui ressemblent quelques peu au yodel...

En longeant un lac, recontre avec des apiculteurs chaleureux: miel et vodka au programme...

La route se transforme quelques fois en piste, tant elle est en mauvais état. Souvent, l'on me propose de me prendre en stop. Systématiquement, je refuse. Finalement, des automobilistes me font signe de m'arrêter et partagent avec moi...de la vodka, encore! Et hop, tradition géorgienne oblige, cul sec! 2 verres de 15cl chacun!


La route, en plus d'être en piteux état,menace par endroits de s'effondrer

Dès lors, je suis complètement cuité. Je zigzague sur cette piste défoncée, sans prendre garde aux nids de poules incessants. A vrai dire, je ne sens même plus les nids de poules, ni les pierres, ni même la montée. Ça tangue. Ça tangue beaucoup, même.
Il est déjà plus de 20h. Je ne m'en suis pas rendu compte. Il me reste 25km jusqu'à Mestia, la capitale de la Svanétie. Alors que je fais essayer mon vélo à un jeune garçon, je suis invité par Zviadi, étudiant en économie à Tbilissi, et en vacances chez ses parents, qui ramène des vaches dans sa bergerie. Je prendrai une douche, avec eau chaude qui plus est. Les parents de Zviadi sont des plus chaleureux. Alors que je déguste un délicieux yaourt, je ne peut m'empêcher de penser aux bêtises données par les sites gouvernementaux et par le Petit Futé...

6/07
Etcheri - Ushguli: 70km
Le temps de prendre un bon petit déjeuner, avec toujours ce lait de vache d'excellente qualité, et il est déjà 8h. Je m'aperçois qu'il me manque un crochet sur l'une de mes sacoches arrière. Je pense que c'est de ma faute, hier, lorsque j'ai roulé sans prudence dans tous les nids de poules après avoir bu un peu (trop) de vodka. Peut-être aussi ai-je mal dû serrer ce crochet (et les vibrations et secousses auraient eu raison de lui), car les sacoches Ortlieb sont vraiment d'une qualité exceptionnelle.
Rien de grave, elles tiennent toujours. Mais pour éviter un trop grand balancement de la sacoche, je l'entoure de ficelle.
Le ciel est couvert, et rares sont les petites éclaircies. C'est vraiment dommage, car je passe sous des sommets à plus de 4000m, dont surtout le mont Oushba (environs 4700m d'altitude), pic s'élevant au dessus de tout les autres.



Le mont Ushba

J'arrive à Mestia, bourg de près de 3000 habitants. Quel bonheur de pouvoir observer ces fameuses tours défensives de Svanétie. En effet, aux maisons, sont adossées de hautes tours de guet, dont les plus anciennes datent du XIe siècle. Cet héritage médiéval, qui était destiné également à abriter la population en cas d'attaque ennemie, montre ce passé lointain et troublé de la région.
Doucement, je me dirige vers un col à plus de 1900m. La piste devient plus mauvaise désormais. Je m'aventure dans des endroits de plus en plus reculés. Premier gué. L'eau me monte jusqu'aux genoux. Une fourgonnette avec à son volant un suisse ne peut pas passer et il doit se résoudre à faire rebrousse chemin.

Tours défensives svanes à proximité de Mestia

Le col n'est pas des plus difficiles, mais la piste est mauvaise. Elle le sera encore plus dans la descente. Je me demande comment fait mon vélo pour tenir encore le coup...

Piste secouante...

J'arrive dans un village. Deux chiens de berger courent et aboient après moi. L'un d'eux est très intéressé par mes mollets. Ils semblent tellement appétissants qu'il parvient à me mordre. Du coup, je sprinte avant qu'il ne lui vienne l'idée de continuer son repas. C'est décidé, je passe à une méthode plus radicale désormais, qui consiste à m'arrêter, puis à jeter des cailloux suffisamment gros pour faire souffrir mes prochains assaillants canins. Je crois avoir été vacciné contre la rage (sinon, je ne serai plus là pour vous raconter mes aventures). Et, même si la morsure n'est pas bénigne, je peux tout de même continuer. Ce qui est balot, c'est que mon cousin a conservé la trousse de soins.
Étonnamment, la piste est bien meilleure que dans le col précédant. Ça monte, mais nombreux sont les passages où je peux récupérer un peu. Je remarque une trace de pneu sur la piste. Trop fin pour être celui d'une voiture, ou d'une moto. A coup sûr, ce doit être un cycliste. Et pas très loin: un ou deux jours devant moi maximum. Vu le peu de géorgiens qui pratiquent le vélo en tant que moyen de locomotion (ou même tout court), d'autant plus dans ces montagnes, je suis persuadé qu'il s'agit d'un voyageur. La suite dira ou non si je me suis trompé.
Peu avant Ushguli, la piste redevient abominable, avec de la boue, et des flaques parfois profondes.

Presque arrivé: vue sur Ushguli...

Puis le mont Shkhara dans le nuages.

Mais la journée est terminée. Dernières pentes, à plus de 20% sur 40m, durant lesquels il me faut pousser, et je me retrouve invité dans un commerce, à Ushguli.
Ce village est splendide. Mais c'est aussi l'attraction touristique de la Svanétie. Aujourd'hui, Ushguli ne possède plus que 35 tours. Mais à son apogée, vers le XIIIe siècle, le village en comptait environs 400!
Ushguli est également le plus haut village d'Europe, à plus de 2150m (si l'on considère bien sûr que la Géorgie est dans le continent européen).
En toile de fond, le mont Shkhara, le plus haut sommet de Géorgie, qui culmine à 5200m d'altitude. Cela aurait été merveilleux si cette montagne n'avait pas été recouverte de nuages...
Mais revenons en à ce commerce. Je suis invité par 3 frères à boire de la bière géorgienne (En Svanétie, beaucoup sont issus de la même famille. Je me demande s'il n'y a pas même de mariages entre frères et sœurs...). Le patron du commerce veut me faire camper devant sa maison en échange de 10 laris (4,5€), rien que ça, alors qu'il me suffit de faire 300m pour camper dans un endroit paradisiaque...
Je refuse. Il a l'air un peu déçu. Ici, les gens ont des dollars dans les yeux, comme dans beaucoup de lieux touristiques. Heureusement que mon moyen de locomotion n'est pas encore très répandu...
Revenons à cette citation de Alexandre Dumas (''C'était un géorgien. C'était un homme de la plaine''). Cela sous entend finalement aussi les différences de mode de vie, de mentalités, qui existent entre les géorgiens et certains peuples du Caucase notamment...A Ushguli particulièrement, les svanes sont avant tout des montagnards.
Du coup, j'essaye de me rattraper (j'ai quand même été invité à boire un coup), en lui achetant du pain, 2 fois plus cher qu'en boulangerie. Mais ce n'est pas grave, car ça, il le mérite par son hospitalité très honnête...
Je campe derrière le village, dans un cadre merveilleux. Seule une courte averse viendra me déranger durant la nuit, en attendant les vaches et les chèvres le lendemain...

7/07
Ushguli - Tsageri: 105km
Je me lève tôt. Des vaches sont intéressées par le contenu de mes sacoches, restées sur le vélo. Puis c'est au tour des chèvres. Je les chasse comme je peux (le seul qui me résiste est un taureau), et je pars visiter l'église de la Vierge, datant du XIIIe siècle, qui surplombe le village. Pas de chance, c'est fermé.

Vue de mon bivouac, derrière l'église...

...qui s'avère être fermée

Tant pis, je repars, non sans acheter du pain chez des villageois, qui me font également payer le même prix que la veille. Le temps de prendre un petit déjeuner, et d'effectuer quelques réparations à l'aide de clés allen de villageois, et il est déjà 10h30. Le panorama est magnifique, avec la vue sur le mont Shkhara, dont le sommet est toujours couvert de nuages. La luminosité est parfaite. L'endroit est merveilleux.

Voilà l'un des plus beaux paysages observés durant tout le voyage: l'église de la Vierge protégée (!) par une tour, derrière laquelle s'élève le mont Shkhara

Je poursuis par l'ascension d'un col à plus de 2600m dans une piste toujours aussi mauvaise. Je vois toujours cette trace de pneu qui m'intrigue tant.

Et c'est parti pour quelques heures dans des décors montagneux aussi sauvages que splendides...

J'entame la descente dans ces paysages fabuleux, avec ces monts à plus de 4500m, ces glaciers...
Depuis mon entrée en Svanétie j'évolue dans un décors sauvage. Mais que dire d'aujourd'hui! Aucune présence humaine à des kilomètres à la ronde. Aucune infrastructure si ce n'est la piste sur laquelle je roule.
D'après les informations que j'ai pu obtenir, la piste reliant Usghuli et Lentekhi est dans un état catastrophique, à faire uniquement en 4x4. Que ceux qui les ont faites peuvent se rassurer: la piste est dans un horrible état. Je me souviens de la voie empruntée au Maroc à l'Ouest de Tata, entre Tioulit et Issafen, passant par Bou Zarif, et dans laquelle j'ai longuement souffert. A côté de la piste sur laquelle je roule en descendant ce col, cette piste marocaine était un billard!Parfois très très ravinée, mais aussi jalonnée de flaques de boue assez profondes par endroits, passages de gués, grosses pierres, ou ''piste-ruisseau'' (il s'agit d'un nouveau concept: la piste sert de petite rivière), je souffre bien plus dans la descente que dans la montée.

Une piste caillouteuse et bien ravinée.

Dans cette vallée entourée de sommets à plus de 4000m, se jette un fantastique glacier

Euh...c'est encore une piste ça? Ou c'est un ruisseau? Peut-être bien les deux...

Je passe à côté d'un hameau, dans lesquelles les maisons n'ont pas, semble-t-il, de courant électrique. A partir de là, la piste devient moins mauvaise. Fini la ''piste-ruisseau'', les grosses pierres...Mais les flaques et la gadoue, quant à elles, ne me quittent pas. Parfois mon vélo s'enfonce jusqu'au dérailleur avant. Je m'imagine la fin de la journée: dans quelle état vais-je finir?
Petite pause dans la vallée afin de changer ma chaine. Comme si la boue ne suffisait pas, me voilà avec de la cambuit plein les mains.

Morsure de chien et boue séchée: une bonne douche se fait attendre

Pour lui aussi!

Je quitte donc ainsi la Svanétie, sous les derniers ''Maladiét''' des svanes me regardant passer(mot venant du russe, qui doit signifier quelque chose comme ''bon garçon'', ou ''bravo''. Littéralement: jeune enfant). Mes impressions sont mitigées. Comme je m'y attendais, les svanes ne sont ni des bandits, ni des voleurs. Tantôt j'eus été bien accueilli, tantôt les personnes les plus montagnardes me prenaient pour touriste ayant un budget conséquent. Mais globalement, j'ai quand même été bien reçu.
Peu après Lentekhi, la piste devient enfin une nouvelle route asphaltée...sur 2km! Puis c'est à nouveau de la piste, avant que l'état de la route ne devienne enfin ''passable''.
Je m'arrête à une fontaine, pour y faire ma toilette et ma lessive. Deux policiers dans leur pick-up s'arrêtent. Ils me proposent de m'amener à Tsageri, située à 1km, et m'invitent à dormir au commissariat. Je n'hésite pas un seul instant. Escamoter 1km, ce n'est pas grave...Ils m'emmènent dans un commerce pour m'offrir ce que je veux. Mais, en tant que personne raisonnable, je ne prends rien. C'est seulement quand tout le monde me suppliait de m'offrir quelque chose, y compris la vendeuse, que je me suis décidé à prendre une bouteille d'eau pétillante.

Ce bonnet caucasien (eh non, ce n'est pas une perruque) est parfait pour attirer de charmantes demoiselles.

Direction le commissariat de police. J'aurais bien aimé passer ma nuit en cellule. Pas de chance, elles sont toutes pleines. Je dois me contenter (!) d'une chambre réservée aux policiers...


D'escortes en escortes
8/07
Tsageri - Koutaïssi: 75km
Lors de mes premiers coups de pédales, je suis accompagné par la police. Mes vitesses ne passent pas bien. Je me rends vite compte que j'ai un nouveau problème sur ma chaine. Par chance, comme j'ai porté presque tous les accessoires de réparation (sauf les clés allen), la chaine de rechange de Cyril est avec moi. Nouveau changement, et c'est reparti. Le policier qui m'accompagne fait demi-tour.
Je suis rapidement invité après 30km, à manger dans une famille d'apiculteurs. Ils veulent m'inviter à dormir, mais il est trop tôt. Ils insistent à plusieurs reprises, mais je ne cède pas. Je mange leur miel, leur fromage, et bois leur vin. Mon premier vin géorgien!
La Géorgie regorge de vins. On recense environs près de 500 cépages, qui sont pour la majorité indigène de ce pays. Durant la période soviétique, le vin a perdu beaucoup en qualité, car la collectivisation demandait une production toujours plus importante. C'est pourquoi, toutes sortes de produits étaient ajoutés dans le vin pour accroitre sa production. Depuis, le pays tente de retrouver la qualité de ses vins.
Celui-ci n'est pas très bon. C'est un vin blanc à couleur tannée. En Géorgie, la tradition veut que le jus de raisin fermente avec la peau de raisin. Le vin devient alors tanné, très doux, et sucré.
Mais je respecte les traditions. Le vin, on le boit cul-sec. Et hop, après 6-7 verres, un touriste s'arrête et gare son vélo à côté de la maison.
Uli est bavarois. Il est en vélo couché, et je comprends vite qu'il s'agissait de la trace de ses pneus que j'ai pu voir les jours précédents. La cinquantaine, ce cycliste accompli en terme de voyage est parti de chez lui, pour rejoindre l'Inde, en novembre.
Je tiens donc à rouler un peu avec ce phénomène, d'autant plus que nous allons dans la même direction. Après avoir passé une côte sous une chaleur éprouvante, nous sommes à nouveau escortés par la police. Le profil devient vallonné jusqu'à Koutaissi, la seconde plus grande ville de Géorgie. Nous sommes à nouveau escortés par 2 fois dans cette ville, jusqu'à la gare. En effet, j'avais prévu de prendre le train jusqu'à Mtskhéta, à 200km, car la route qui y mène est une grande nationale sans intérêt. Uli trouve l'idée intéressante, d'autant plus que le train est de nuit, et coûte 10 laris (4,5€) avec couchettes. S'il n'accepte pas les vélos (comme je l'avais lu sur des forums), cela ne me poserait pas de problème, je continuerai sur ma fidèle monture. Mais finalement, il n'y a aucun problème. Nous ne payons aucun supplément.
Je voulais visiter la cathédrale de Bagrati, du XIe siècle, sur les hauteurs de Koutaissi, dans laquelle fut notamment couronné David le Reconstructeur (l'un des rois les plus reconnus en Géorgie). Mais je voyais que Uli n'était pas très motivé. Alors tant pis, mais ce sera aussi l'un de mes grands regrets de ce voyage.
Dans sa BMW d'occasion, notre policier nous amène dans une boulangerie, où nous dégustons à nouveaux de délicieux khatchapouri feuilletés (il y en a de sortes différentes selon les régions).
J'apprends que mes recettes culinaires sont reconnues à travers l'Europe. En effet, lorsque j'évoque le plat que je prépare et que je préfère le plus lorsque je voyage à vélo, Uli me réponds qu'il cuisine également la même chose lors de ses voyages. Il s'agit de nouilles chinoises (2 minutes de cuisson), dans lesquelles je mélange une boîte de thon à la tomate. Facile et rapide à préparer, peu encombrant dans les sacoches, c'est devenu mon plat de prédilecion. Si j'avais su, j'aurais fait breveter ma recette...
Le train part à minuit, et mettra 5h30 pour faire 200km...


La Military Road: un aller...retour?
9/07
Mtskhéta - Mdita Kvemo: 100km
Le train s'arrête moins d'une minute. Nous nous dépêchons de sortir sous les ''davei'' du contrôleur.. Il est 5h30 et nous avons dormi 3h cette nuit. Le ciel est couvert de nuages, mais ils sont encore hauts. Je compte retourner dans le Grand Caucase, par un aller-retour sur la route militaire menant à la frontière russe (fermée). Je visiterai Mtskhéta, l'ancienne capitale de la Géorgie, à mon retour.
Uli prends la direction de Tbilissi, puis l'Azerbaïdjan, l'Iran... Bref, nous nous séparons. Cette journée passée avec lui a été très agréable. Il me quitte sur ces mots allemands que je traduirai par: ''Désormais, la police a du souci à se faire. Car elle devra escorter 2 personnes. Cela demande plus de travail.'' Voici l'adresse de son blog, qu'il fait vivre au fur et à mesure de son voyage:
http://schneeleopard.blog.de/

Uli et son vélo couché

Sales bêtes...

J'envisage d'aller en Khévie, puis passer en Khévsourétie. Mais cette dernière option s'avèrera impossible compte tenu de la météo pluvieuse (il n'y a qu'une piste en très très mauvais état pour rejoindre le village fortifié médiéval de Chatilli).
Après avoir effectué une quarantaine de kilomètres, je fais une petite pause. En repartant, un petit chien me suit sans velléité durant plusieurs kilomètres (de montée). Mètre après mètre, je le sème, sans forcer, car ce chiot s'est sans doute attaché à ma visite sur son territoire...
Je longe un lac sans intérêt, puis arrive au complexe d'Ananuri, datant du XVIe et du XVIIe siècle (Le premier complexe, du bas, est une ruine du Ve siècle.). Il s'agit de 2 monastères entourés de fortifications. Le royaume de Géorgie s'était alors désintégré et avait laissé place à un système féodal. Construite par les ducs d'Aragvi, elle fut détruite au XVIIIe siècle par les Ksani, avant que le roi de Kartlie n'en prenne possession.

Complexe d'Ananuri



Porte du monastère du XVIIe siècle

Le profil devient plus vallonnée. Étant donné qu'il me faut monter à plus de 2350m, je dirai qu'il y a plus de montées que de descentes sur la Military Road.
Il commence à pleuvoir. C'est une pluie assez froide qui tétanise les muscles. Je me mets alors à l'abri sous le toit d'une vieille station service abandonnée, et me fais un café. Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit, et je suis assez fatigué. Je camperai avant le col de la Croix, à 2380m, car si la pluie persiste demain, il ne servira à rien de monter à cette altitude si ce n'est pour ne pas profiter des paysages, et surtout de l'attraction de la région: le monastère de Guerguéti.
J'attends près de 2h. La pluie semble s'être arrêtée. Je repars donc et fais une quinzaine de kilomètres avant d'arriver au pied du col de la Croix. Je cherche un endroit pour camper. Le sol est trop humide, et je n'ai pas envie de salir ma tente. Je trouve finalement une maison abandonnée. Super, ça me rappellera aux bons souvenirs de la Bulgarie l'an dernier! Comme je ne vois pas de boutique, je dois faire avec le reste de mes provisions. Ce soir, je me serrerai la ceinture...

Maison abandonnée: lieu de campement idéal


10/07

Mdita Kvemo - Kobi: 65km

Peu avant le départ...

Je retrouve une lueur d'espoir. Une éclaircie me laisse imaginer que le soleil reprendra ses droits sur les nuages. Je continue donc de me reposer afin de récupérer des heures de sommeil non accomplies la veille. Je me décide donc à partir pour la Khévie: l'une des rares régions en Géorgie qui fasse partie du Nord Caucase.
Remarquez que mes distances sont courtes. Mais j'ai le temps. Mais je ne peux pas aller en Russie (frontière fermée, pas de visa), ni en Azerbaïdjan (pas de visa). Du coup, je me cantonne à la Géorgie. Et je tiens à en profiter et à visiter chaque jour un peu plus de ce pays si merveilleux.
Je remarque que je n'ai plus ma carte de Turquie, que j'ai du laissé l'avant veille lorsque j'étais invité à boire du vin (ah, le vin...). Bon, je ferai sans. Pour le moment, j'ai juste besoin des vielles cartes militaires soviétiques au 1:200 000 trouvées sur internet et imprimées. Le top pour la Géorgie: plus précis qu'une carte IGN. Rassurez vous, le réseau routier n'a guère changé depuis 20 ans...
Coup de chance, avant d'entamer la montée (donc après avoir fait 500m), je m'accroche à un camion durant les huit premiers kilomètres d'ascension. Malheureusement, il ne va pas assez vite (pourtant je n'ai pas pris de vin aujourd'hui!). Je continue seul les 9km suivants. Le temps s'est couvert. J'essuie une ou deux petites averses. En général, la pente reste à 4%, mise à part de rares passages à 7%. Les derniers kilomètres sont plus difficiles. Non pas à cause de la pente (qui reste à 4-5%, voire moins), mais à cause de la route, en très mauvais état. Je fais une petite pause durant laquelle le vieux camion soviétique me rattrape. Je m'y accroche les deux derniers kilomètres.
Par moments, ce qui était une route devient une piste boueuse. Son état est mauvais également dans la descente. Lorsqu'elle se termine, je peux enfin rouler sur une route toute neuve, dans un décors majestueux. J'ai même droit à quelques éclaircies!

Toujours sur la Military Road, après le col de la Croix, dans une vallée verdoyante

J'ai le vent de face, mais ça descend en grande partie. Je l'aurai de dos au retour...
Le temps varie inlassablement. Le ciel se recouvre. J'arrive à Stepansminda, au pied du monastère de Guerguéti. Et c'est reparti pour de la piste! Les 2 premiers kilomètres sont très raides et caillouteux. Les pourcentages qui suivent sont moins élevés, mais sur une piste rendue très boueuse par la pluie. Enfin, les 2 derniers kilomètres sont à nouveau assez raides.
Mais le monastère est à la hauteur de ce que j'espérais, malgré le mauvais temps. Heureusement, car je n'aurai pas fait 300km aller-retour pour rien. Datant du XIVe siècle, ce monastère est très photogénique. Seule une averse viendra interrompre ma contemplation. Une petite visite s'impose donc, au terme de laquelle je rencontre un français. Il s'agit ni plus ni moins de l'ambassadeur de France en Géorgie, qui vient de finir une randonnée au mont Kazbek, à 5000m d'altitude, après avoir bivouaqué en altitude et essuyé une tempête de neige durant la matinée!
Je le laisse repartir, en 4x4, avec ses guides, tandis que je prends les dernières photos de ces instants magiques, en bénéficiant qui plus est d'une petite éclaircie. Quels grands moments je vis là!

Monastère de Guerguéti sous différents angles, avant et après une averse...

Je redescends. Cette fois, les nuages s'en vont pour de bon et laissent place progressivement au soleil. Je suis parti de ce monastère peut-être un peu tôt... Mais au moins je pourrai (re)contempler un autre édifice religieux: l'église de Sioni, dans un cadre encore une fois grandiose.



Certes, je n'aurai pas pu apercevoir le mont Kazbek, volcan éteint au sommet duquel le personnage de la mythologie grecque Prométhée fut enchaîné pour vivre son supplice éternel (se faire dévorer le foie par des aigles pour avoir dérobé le feu aux dieux).
Pas de Prométhée, donc. Mais un revenant: le soleil, qui se couche déjà. Je continue donc, un peu dépité, car les nuages se sont maintenant presque entièrement dissipés. Au pied du col de la Croix (retour), une fourgonnette s'arrête et se propose de m'emmener. J'accepte, car faire un aller retour n'est pas une solution des plus intéressante. Makho va à Tbilissi, mais il me déposera à Mtskhéta, à 120km, que je pourrai alors visiter demain. Nous conversons en russe, grâce à mon guide de conversation. Pour rencontrer du monde et se faire intégrer au mieux, rien de tel que cela!
J'ai peut-être escamoté 8km de montée, mais j'ai surtout manqué les 110km de descentes et de faux plats descendants qui suivent.

Le héros du jour: Makho

J'arrive tard. J'avais repéré un endroit la veille dans lequel je pourrais camper, et je monte ma tente de nuit. Le Grand Caucase, c'est déjà fini.


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