31/08/08
Heiligenkreuz - Csipak:175km
Le matin, je suis réveillé par les jets d'eau qui arrosent la pelouse du stade sur lequel je me suis mis. Je plie ma tente, la personne qui tond la pelouse vient me voir. En lui disant d'où je venais, il me répond de ce qu'il sait de la France, c'est à dire Zidane, Ribéry, l'OL...normal; pour un passionné de football...
Je me met donc en route pour la Hongrie, dont la frontière se situe à moins de 5km du lieu de mon départ, et ce; avec un léger vent de face.

Ce panneau? Il y en avait beaucoup.. Mais comme je ne comprends pas le Hongrois...
Ma première impression en Hongrie est de voir à quel point ce pays change de l'Autriche. Pour l'état des routes, pour la propreté, pour l'habitat, et enfin pour la conduite automobile, plus agressive (en même temps, n'oublions pas que pour la propreté et pour la conduite, je ressors d'un pays où il est difficile de mieux faire). Ce constat se poursuivra et se confirmera tout le long de mon séjour.
Les Hongrois sont un peuple à part. Ni germanique, ni latin, ni slave, ce peuple se démarque de ses voisins.
Comme en témoignent les nombreux klaxons ou remarques des automobilistes à mon égard lorsque j'empreintais des routes interdites aux cyclistes, il me semble qu'ils s'irritent assez facilement de manière générale. Mise à part dans les campagnes (les plus reculées possibles), j'ai le sentiment que ce peuple est assez distant, sentiment qui s'effacera heureusement cependant lors des derniers jours lorsque je m'éloignerai suffisamment des centres urbains et des grands axes routiers. Je pense que la barrière de la langue y est pour quelque chose, tout comme le fait de ne pas être souvent allé "dans la Hongrie profonde"... Peut être ai je aussi été importuné par la chaleur dans cette plaine interminable. Bref, je ressortirai du pays avec plus d'interrogations que lors de mon entrée.
Quoi qu'il en soit, je me lance un défi, préparé déjà depuis la veille. J'ai suffisamment dépensé d'argent en Autriche (30€ la première journée, pour le frais de camping et à un supermarché fort coûteux). J'ai alors pris la décision de ne rien dépenser lors de mon passage en Hongrie. Par ailleurs, cela m'embête un peu d'aller en ville pour échanger quelques euros en forints. Je n'échange alors pas d'argent, voyons où cela me mènera.
Je m'attendais à une plaine sans fin, en ce premier jour. C'est effectivement une plaine, mais légèrement vallonnée, et assez sauvage. Rien, ou peu à voir pour le moment avec la plaine du Pô, si ce n'est la chaleur étouffante qui y règne.
Ici, les grandes routes sont interdites aux charrettes, tracteurs, et...vélo!
Bah, ils n'ont qu'à construire plus de routes. Je brave donc l'interdit. Lorsqu'il n'y a pas de piste cyclable, je n'ai jamais de problème. Mais, il suffit d'y en avoir une pour que les Hongrois se mettent à klaxonner énergiquement, voire agressivement, ce que je ne supporte pas. Les insultes fusent alors (mon petit caractère de latin) sans qu'ils n'y comprennent rien, cela me lâche un peu lorsque je commence à être fatigué. Et oui, je n'emprunte pas souvent les pistes cyclables, car elles font des zig zags sur le côté de la route et s'arrêtent par endroit...avant de reprendre dans d'autres! (souvent de l'autre côté de la route, qu'il me faut alors traverser) Non, la route, c'est plus facile et plus direct!
Je me dirige vers le lac Balaton non sans avoir déjeuné. Si les abords sont assez sauvages et plaisant sous un ciel sans nuage, le lac en lui même me déçoit. Je m'attendais à beaucoup mieux.

Le décevant lac Balaton
Heureusement que je trouve à Balatonsfüred une fontaine d'eau pétillante (avec toutefois un petit goût de je ne sais quoi, un truc comme de l'aspirine). Cela me change de l'eau plate que je consomme habituellement depuis le départ de Gap.
La nuit commence à tomber lorsque je trouve un terrain pour camper, dans un verger. La montagne me manque déja...
1/09/08
Csipak - Dunaujvaros:153km
Je poursuis ma traversée hongroise par des paysages mi-vallonés et sauvages. J'empreinte alors une 4 voies où les klacsons se font retentir.
Grâce à quelques photocopies du Lonely Planet, j'apprends quelques expressions du difficile langage hongrois. Ainsi, lorsque je demande: "Ezaz ut vezet Szekesfehervar?"(excusez moi pour l'orthographe) (est la route pour Szekesfehervar?) , cela marche! S'ils me font signe que oui, me voila soulagé, sinon...
Je traverse quelques grandes ville, comme justement celle nommée précedemment. Je n'en suis pas tombé amoureux. Certe, je n'ai pas visité profondément le coeur de la ville, mais la Hongrie n'est pas le musée à ciel ouvert auquel je m'attendais...Seules les filles sont belles...
Je me dirige vers Lorèv. Zut, il me faut prendre le bac pour traverser le Danube. Il faut que j'attende une heure encore, et, de surcroit, je n'ai pas d'argent. Je prends donc un détour et vais au Sud, à Dunaujvaros, où un pont franchit le Danube.
Aux abords de ce fleuve, tout comme de cette ville, les déchets affluent. Je demande plusieurs fois ma direction, car je ne compte pas prendre l'autoroute (seulement si je n'ai pas le choix, car après tout, cela pourrait être amusant) qui franchit la Danube. Je questionne à une station service dont le pompiste m'indique la direction d'une piste cyclable qui longe l'autoroute. Difficile de m'y retrouver. Je trouve quelqu'un plus loin sur un chantier. La compréhension est difficile, car rares sont les hongrois que j'ai rencontré jusqu'a présent qui parlent une autre langue que le hongrois et ...le Russe! (présence soviétique lors de la période communiste oblige) Je discute longuement avec ce moustachu au ventre proéminent . En lui explicant mon trajet, il en vient à m'apprendre que sa femme est roumaine tout en me confirmant la direction de la piste cyclable.
Plus loin encore, je me retrouve nez à nez avec un autre hongrois, à côté d'une vieille cabane, au beau milieu des déchets. Si ses chiens sont agressifs, je discute à nouveau longuement avec lui et apprends qu'il travaille ici (dans quoi?) jusqu'au lendemain. Lorsque je lui demande ma direction, il me répond que par là, c'est "Duna, Duna!". Bizarre, il y a des dunes par ici? Cela peut être chouette...
En lui disant que j'étais français vivant près (200km quand même!) de Marseille, il énumère un certain film (que je n'apprécie par ailleurs pas, mais bon, c'est la vie) avec ces acteurs. Puis il cherche d'autres acteurs français. G.Depardieu, C.Clavier, et J.Reno font partie de ceux qu'il apprécie...
Je reprends donc la route, mais il me refait signe: "Duna!"
Ah, ça y est, j'ai compris! Dönau en allemand, Duna en Hongrois: il s'agit du Danube. Je lui fait signe que par là, il me faudra nage. Oui, c'est bien cela. J'aurais du prendre à gauche plus tôt. Ok, cette fois c'est bon. Je me dirige enfin dans la bonne direction et franchis ce fameux pont. Mais il est tard maintenant. Aussi, je dois mettre mes phares. Je trouve un endroit pour camper. Demi-tour, c'est une vraie déchetterie! Je m'arrête alors plus loin, dans un verger, à l'abri des regards...


Le Danube
2/09/08
Dunaujvaros - Sznolok:181km
Avec le détour de la veille, je dois repartir tôt afin de refaire mon retard. Je ne m'attarderai dans cette plaine hongroise, car depuis la veille déja, les paysages se font de moins en moins sauvages, les routes de moins en moins bonnes, mais la chaleur toujours aussi étouffante...

Une lada. Il y a beaucoup (ce n'est pas la majorité non plus!) de modèles de cette marque russe en Hongrie, le plus souvent vestiges de l'époque communiste.
Je ne suis pas épargné par les pépins mécaniques. Ma chaine se coince, et mon dérailleur est dérèglé. Je finis par résoudre le problème et repars. A Dabas, un cycliste hongrois au guidon de triathlète (qui parle anglais. Enfin!) me conseil un détour car la route que je désire prendre est empreintée par nombre de camions et autres véhicules. J'écoute ses conseils, mais la route est mauvaise. Rien toutefois comparé à ce qui m'attendra en Roumanie!
Je poursuis ma journée par du plat monotone en plein coeur de la Hongrie. Puis, c'est une nouvelle 4 voies que je prends.Pas de terrain de bivouac à l'horizon, comme souvent en plaine. Je finis par trouver quelque chose, un peu à l'écart de la route, mais pas suffisamment. Le bruit des véhicules se fera entendre toute la nuit.
Je me dépèche de monter ma tente et y mange à l'intérieur,car le nombre de moucherons et de moustiques me dissuade de rester dehors.
Je me couche enfin sous le bruit de ma première crevaison...
3/09/08
Sznolok - Nyirbogat:179km
Au lever, je répare rapidement cette crevaison; la première en 5000km. Et encore, je ne sais pas comment j'ai fait tant ces Schwalbes semblent indestructibles et increvables. J'ai dû rouler sur un clou ou quelque chose comme ça...
Me voici une nouvelle fois, et comme souvent, sur une route interdite aux vélos, en mauvais état parfois, et au traffic important. A cela vient s'ajouter une forte chaleur, plus de 35° à l'ombre. Le problème, c'est qu'il n'y a pas d'ombre!
La route est longue jusqu'à Debrecen, et pleine de camions. Lorsque je trouve un bon terrain et de l'ombre, à une centaine de mètres de la route pour manger, je m'arrête. De là, je pense: d'où vient le bonheur? Le bonheur vient du manque songe-je. Je manque d'eau, aussi faut-il voir la joie qui m'anime lorsque je trouve une fontaine. Je manque d'ombre. Me voila heureux lorsque je vois un arbre pour me reposer ou pour manger. Cependant, se sentir en manque veut-il dire que l'on est en manque? Pas forcément, et réciproquement non plus. Pour sentir cette sensation de bonheur, il faut à la fois être en manque, et se sentir en manque...
Bref, je poursuis ma route en ayant cette réflexion, qui m'occupe quelque temps. Je traverse rapidement Debrecen, car je n'apprécie pas tellement les grandes villes. A la sortie de la ville, la route est un peu défoncée. Je vois une piste cyclable qui se situe à gauche de la route. Je me retourne. Pas de voiture avant 100m. Je tends le bras vers la gauche, puis me décale lentement sur le milieu de la route pour signifier que je vais tourner. Lorsque je tourne, j'entends derrière moi le crissement des freins d'une voiture, que j'évite de justesse et qui va stopper sa course dans le bas côté gauche de la route, juste derrière moi (je ne sais pas si vous voyez le topo). Ce type n'a pas compris mon intention. Il sort de sa voiture et me parle en hongrois que je ne comprends naturellement pas. Puis, sa femme sort et s'énerve aussi. Le coeur battant à toute vitesse, je leur passe un bonjour peu sympatique de France. Puis je m'en vais. Cela ne sert à rien de discuter avec eux. Ils ne comprennent rien. Ni au français, ni à l'Anglais, ni à l'Allemand, ni, d'ailleurs, au code de la route...
Je finis queques kilomètres plus loin par prendre enfin une plus petite route où la chaleur se fait moins ressentir. C'est normal, on est en fin d'après midi. Qu'il est plaisant de rouler à ces heures ci!
Je fais salut à un groupe de Hongrois qui me répondent chaleureusement. Je m'arrête puis discute avec ces quatres personnes torses nus et portant sur eux une joie de vivre manifeste. Il me font signe que plus loin, les jolies filles affluent et qu'elles sont très chaleureuses dans un langage des signes qui est connu de tous, que l'on soit hongrois, français, suédois ou autre...
Bref, je continue et cherche un endroit pour camper. Rien. Que faire? Finalement, après avoir beaucoup réfléchi (décidément, ça m'arrive souvent), je campe à quelques mètres de la route, entre un champs et le portail d'une propriété dont les agriculteurs semblent absent...mais pas leur chiens!
S'ils ne peuvent m'attaquer (les chiens sont de l'autre côté du portail), leurs aboyements se feront entendre toute la nuit, ainsi que le bruit des trains qui passent à quelques dizaines de mètres de moi.
Je suis alors sur le point de réussir mon petit défi.