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Roumanie

4/05/09
Nyirbogat - Negresti Oas:138km

Le matin, après une nuit où les aboiements n'ont pas cessé, je me lève avec une envie: étriper ces maudits chiens.
Bon, d'accord, je n'ai pas pu, mais cela me démangeait.
Donc c'est parti pour une nouvelle journée majoritairement plane. Le vent de dos m'aide les 30 premiers kilomètres. J'en profite, car il risque d'être défavorable par la suite. En effet, lorsque je change de cap et me dirige vers l'Est, c'est de 3/4 face qu'il souffle.
La frontière Roumaine n'est plus très loin et je vis alors mes derniers instants en Hongrie.
Le contrôle de passeport est de mise à en entrant en Roumanie car on sort de l'espace Schengen. Pas de souci.
A la vue de ces premiers kilomètres, c'est bien plus sale que la Hongrie et cela se confirmera dans un grand nombre d'endroits. Des immeubles bidons-villes bordent le côté droit de la route et se mêlent aux déchets et...à certaines entreprises de vente de voiture.
Dans ces bidons-villes vivent principalement des tziganes. S'ils ne sont officiellement que 2% de la population roumaine, ils en représentent en réalité 5%.
Les rares tzigane que je verrai dans toute la Roumanie sont majoritairement ici; quelques kilomètres avant Satu Mare. Si les roumains n'aiment pas se mélanger à ces population, je n'ai toutefois pas eu de problème avec eux. Je discute avec eux comme j'ai discuté avec d'autres.
Je déjeune et finis ma première cartouche de gaz avec le reste de semoule (semoule au lait=nourrissant, facile à faire, et bon). C'est alors que vient à ma rencontre un cycliste norvégien né en Belgique et allant jusqu'à Istambul au départ de Gdansk. Dirk Balliere (c'est son nom) m'accompagnera une bonne partie de la journée.
Nous allons ensemble échanger (et oui, cette fois, je ne pourrai pas y échapper) de l'argent à Satu Mare, et y faire quelques provisions. Nous entamons la conversation avec quelques roumains qui se montrent pour le moins très accueillants. Je sens que je vais aimer ce pays!
Nous continuons notre route encore une vingtaine de kilomètres avec un vent qui souffle toujours de 3/4 face.
Il ne prend pas un relai, mais je comprends tout à fait car je pense qu'il a un peu de mal à suivre. J'essaye donc d'adopter un rythme qui puisse lui convenir. Aussi nous nous arrêtons à Livada et il me fait signe qu'il allait essayer de trouver un hôtel par ici.

En compagnie de Dirk Balliere

Je repars donc en direction des premiers vallons...
Oh, des virages...cela ne m'était plus arrivé depuis longtemps. Et quel plaisir de pouvoir remonter à nouveau (mais pour combien de temps?).
Et voici les premières églises orthodoxes. Si elles sont assez récentes, elles n'en sont pas moins jolies et coupent avec nos trop souvent  tristes (en apparence) églises catholiques.
Me voici arrivé dans les Maramures, une province aux accents très bucoliques.
Ici, comme souvent en Roumanie, affluent les charrettes tirées par un ou deux chevaux, et ramènent le foin des champs où beaucoup de paysans s'affairent.
Les gens me saluent et me gratifient d'un sourire, voir de quelques encouragements. Cette bonne humeur, j'essaye bien naturellemnt de leur la rendre.
Il est temps de trouver un endroit pour dormir. Je demande donc à un villageois où je pourrai trouver un camping pour y passer la nuit. A ma grande surprise, il m'invite chez lui. Partageant une maison avec son cousin germain, il m'offre une chambre ainsi qu'une douche dans laquelle je pouvais écouter de la musique ou encore faire varier les jets d'eau.
Son cousin germain arrive. Il parle un peu le français car il a travaillé 3 ans en France. Passionné de chasse, il m'explique qu'il va bientôt se rendre en France pour assister au mariage de son fils.
Je n'ai pas mangé ce soir la. Ils devaient probablement l'avoir déjà fait avant que je n'arrive. En revanche, nous buvons ensemble 1litre de bière et quelques gorgées de palinka (boisson "officielle" de la Roumanie, du schnaps à la prune). Bref, je passe alors une nuit assez courte (la palinka, ça tient en éveil!).


5/09/08
Negresti Oas - Sacel:125km

Je me réveille assez tôt. Juan (celui qui m'a invité) me propose...une nouvelle bière. Je suppose qu'il a déjà déjeuné, ou alors il ne mange rien! Nous discutons alors à nouveau avant que Mihai, son cousin germain, puis lui ne partent travailler.
Je les remercie encore une nouvelle fois avant de les quitter en leur promettant d'envoyer une carte postale de France.

Juan devant sa maison

Je fais quelques kilomètres et me voila dans l'ascension d'un col, que j'avais déjà entamé la veille par un long faux plat montant.
Il n'est pas très pentu. Ce doit sûrement être pour ménager les Dacia (voitures Roumaines) dont on peut encore aujourd'hui voir certaines antiquités.
Je prends enfin un petit déjeuner complet dans la descente. Les paysages ne sont pour l'instant pas terribles, mais la route, quand à elle, l'est!

Je vois beaucoup de maison en bois, habitations traditionnelles des Maramures. Puis je visite un cimetière assez connu et touristique en Roumanie: le cimetière des Joyeux. Ses tombes sont peintes et des gravures représentent le métier ou les grands actes qu'ont exercés les défunts. Quelques lignes résument leur vie.

Chez les Daces, ancêtres des roumains (comme pour nous les gaulois), une des traditions était de célébrer par la joie le décès d'une personne. Cette tradition a été reprise ici, dans le village de Sapanta.

Une charette, comme on en voit beaucoup ici...

L'après midi, je renoue avec le vent de face qui m'apprécie tant. Les villages roumains sont vraiment interminables. Toutes les maisons longent la route.
Après avoir passé Sighetu Marmatiei (Tchernobyl local tant cette ville est affreuse), je me dirige vers le monastère de Barsana. Sur la route qui m'y mène, je peux voir de très nombreux et majestueux portails en bois qui sont typiques des Maramures.

Majestueux portail devant lequel se tient un cheval et sa charette.

L'entrée dans le monastère de Barsana est gratuite. Et il en vaut le coup d'oeil. Dans la fontaine où l'eau coule goutte à goutte en son coeur, je jette une pièce. Je ne suis pas orthodoxe, mais la beauté et la propreté des lieux m'y incitent.




Je rencontre alors 3 belges qui partaient de Baia Mare pour rejoindre Piatra Neamt à vélo. Je les aide comme je peu à résoudre un problème de vitesse (cassette mal serrée, et comme je n'ai pas pris d'arrache cassette...). En reprenant la route, je remarque qu'il faut que je remplisse mes bouteilles d'eau. Je vais à une fontaine. Une toute jeune fille vient me voir et m'indique que l'eau n'est pas potable. Elle me fait signe de venir à une ferme toute proche. Ici, pas d'eau courante. Elle me montre leur puits pour que j'y puise de l'eau.
Je la remercie et retrouve la route pourrie que j'avais quitté l'espace de quelques minutes.
Sur mon chemin, à chaque village traversé, enfants comme adultes me saluent d'un signe de main accompagné d'un sourire. Que les roumains sont accueillants! Cela me change du Maroc où certains enfants nous accueillaient d'un jet de pierre...
A la fin de la journée, après avoir répondu des saluts ou fait un signe à pratiquement tous ceux que je croisais, je trouve un champ pour dormir. Ce soir, je ne compte pas me faire inviter. Je vais donc méditer et me reposer seul. Du moins, c'est ce que je pensais...


6/09/08
Sacel - Rusea:151km

Durant la nuit, un orage gronde. En général, il est déconseillé de dormir sous la tente. Je suis prudent. Je sors m'abriter et vais voir dans la maison éclairée la plus proche. Le chef de famille arrive. Il finira par me proposer de dormir chez lui, ou sur son lieu de travail. Finalement, je dors dans son lieu de travail, lorsque l'orage s'arrête. Je ne regrette pas mon choix de la prudence, car cela m'a permis de rencontrer du monde...mais j'aurais préféré que cela se fasse dans d'autres circonstances. Il est près de 23h. Ce pompier dénommé Mihai m'invite à boire un café en compagnie d'un policier: leur locaux sont côte à côte.
Je dors finalement avec lui dans son lieu de travail.
Je reprends la route le lendemain sans avoir eu le temps de lui demander son adresse afin de lui envoyer des nouvelles une fois rentré en France. Je ne suis même pas sûr de son nom...
Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que les routes roumaines sont vraiment très mauvaises, et elles se feront sentir toute la journée, ou presque. Ma tête secoue dans tous les sens malgré ma fourche avant suspendue. Ce ne sont pas forcément des nids de poules, mais une succession de petites bosses, un peu comme s'ils avaient oublié en construisant la route, de faire passer le rouleau compresseur. Une sorte de "taule ondulée" version route...
Je traverse Borsa. Je m'attendais à mieux tant les bas côtés et cette ville interminable sont sales. Peut être que les inondations d'août sont venues jouer un rôle dans l'état de cette ville et de ses environs.
Cependant, et à mon plus grand bonheur, cela s'améliore par la suite. J'entame le pasul Prislop, à plus de 1400m d'altitude. Les pourcentages ne sont pas très raides, mais la route est défoncée...Les paysages sont jolies, mais les Dolomites étaient mieux (en même temps, c'est difficile de mieux faire que les Dolomites...). Dans la montée, je croise un savoyard qui fait le tour de la Roumanie à vélo. Je discute un peu avec lui, puis déjeune. 

Dans l'ascension, on peut encore distinguer ces fameuses bottes de foin fraichement ramassé qui peuvent parfois atteindre 2,5 mètres!

Après avoir fini l'ascension, la descente s'offre à moi avec des paysages bien plus sauvages, avec des ruisseaux, et de grandes forêts de sapins. Cela me rappelle étrangement les forêts vogiennes que je connais si bien. Mais les sapins sont ici plus majestueux et les forêts bien plus sauvages.

La descente, dans une forêt dense de sapins

La conduite des Roumains est toujours aussi excitée. Ils usent et abusent du klaxon. Si en général, les automobilistes klaxonnent pour me prévenir de leur arrivée, ils peuvent aussi vous faire part de leur mécontentement. On assiste alors à un concert de klaxon qui encourage les maux de tête...Il faudrait organiser tout cela afin qu'il puisse jouer du Mozart. Il y a le bruit, mais aucune organisation dans ces klacson. Pour l'instant, c'est une véritable cacophonie...

Une maison de poupées? En tout cas, c'est l'habitat traditionnel près de Carlibaba

Il fallait que je la prenne, car la plupart des Roumains en possèdent une: la Dacia

Les paysages traversés sont très bucoliques, et faits de steppes sur lesquelles se mêlent les prairies et forêts de sapins. Mais que la route est défoncée! C'est mauvais physiquement, pour le matériel, et aussi pour les nerfs...J'avais prévu de faire un détour par les monastères de Moldavie. Finalement, l'état des routes m'occupe bien assez et je décide de ne pas faire ce détour.
Enfin, me voilà sur une plus grande route. C'est un billard. Et en plus, j'ai le vent de dos qui me mène très aisément jusqu'à Vatra Dornei. Si le vent de dos se poursuit par la suite, il n'en est pas de même pour l'état de la route, qui redevient mauvais après avoir bifurqué et tourné sur la gauche en direction de Piatra Neamt. Mais les paysages restent pour mon plus grand bonheur très bucoliques, et je campe à proximité d'une rivière.


7/09/08
Rusea - Lacu Rosu:144km

Je repars sur une route aussi défoncée que par celle que j'ai prise la veille. Normal, c'est la même! Mon concert de Métal se poursuit (ma tête bouge dans tous les sens).

La chaleur et le soleil sont toujours à l'honneur. Cela en devient presque inquiétant. Je n'ai toujours pas eu de pluie depuis mon départ!
Je n'ai pas pris de café le matin, mes réserves en étaient épuisées. L'état de la route, tout comme la première attaque de chiens en début de journée contribueront à me réveiller.
Je longe le touristique (localement) lac Bicaz. La route est un véritable yoyo à ses abords: faite de montées et de descentes qui me couperont les jambes avec toujours cette forte chaleur.

Dommage que les points de vue sur le lac soient rares, la faute au nombre d'arbres qui bordent la route.
Je passe sur le barrage qui retient l'eau de ce lac, puis entre dans Bicaz avant de me diriger dans ses gorges.
En chemin, des habitants me donnent de l'eau, car aucune fontaine ne semble fonctionner. La nuit commence à tomber. Aucun endroit pour camper: normal, je suis dans des gorges pour le moins étroites. C'est une véritable fête ici. J'entends de la musique et vois plusieurs sortes de marchés aux puces, et ce, au beau milieu des gorges. Et quelle circulation pour cette heure! C'est le week end, et les roumains doivent adorer sortir.

Je ne m'attendais pas à une montée avec de tels pourcentages. 12% par endroit et 7-8% en général: c'est la montée la plus pentue à laquelle j'ai eu affaire en Roumanie. Toujours rien pour camper. La route devient plus plate. J'entre dans Bicaz Chei. Puis vient un lac. La nuit tombe, et je trouve enfin une prairie pour camper. Mais je ne suis pas seul. Les roumains aiment camper le week end, mais laissent en général les déchets derrière eux. Je campe donc auprès d'une jeune fille, son copain, et ses parents. Ils ont fait un grand feu de camp avec ce fameux bois des Carpates. Si je viens les rejoindre, nous discutons peu durant la soirée car je commence à être un peu fatigué de ma journée. Je comprenais toutefois qu'ils craignaient la présence des ours et qu'ils prévoyaient un plan de fuite au cas où...
Bah, les ours, ce n'est pas pire que les moustiques...


8/09/08
Lacu Rosu - Nades:140km

Toujours du soleil. J'entame par la fin du pasul Bicaz dont l'ascension a débuté la veille. Les pourcentages sont loin d'être effarant et je suis rapidement au bout de ces 6 derniers kilomètres d'ascension.

La descente est même plus difficile, tant la route est mauvaise. J'arrive péniblement à Gheorgeni après avoir zigzagué entre les trous et les bosses. Je viens de trouver un nouveau secteur pour Paris-Roubaix: décidément, il y en a beaucoup en Roumanie.
Je demande conseil sur le choix de ma route à une épicière. Pas "Paf Paf" tout droit, mais à gauche si!?
C'est bon, je ne ferai pas de détour pour rejoindre le coeur de la Transylvanie. Je passerai par Praid. J'espère que je l'ai bien compris.
Et effectivement, c'est une bonne route. De plus je bénéficie du vent de dos. 
Ici, on parle le Hongrois, et des panneaux indiquent parfois "Elado" (à vendre je pense, en hongrois). Rien de plus normal, me voici en Transylvanie, qui a été conquise par Etienne Ier au début du XIème siècle. Cette province est restée hongroise plusieurs siècles avant que les Turcs, puis les Autrichiens ne mettent tout le monde d'accord. La Transsylvanie n'est redevenue roumaine que par le Traité de Trianon de 1920 qui a divisé l'Autriche-Hongrie. La Hongrie a été amputée de 2 tiers de son territoire et notamment de la Transylvanie.
Aujourd'hui, la province est partagée par un mélange de cultures roumaine et hongroise.
Après le déjeuner, je monte un nouveau col, aussi peu pentu que le précèdent, mais dont la longueur est de 15km. Je ces 3-4% sur le grand plateau (il faut bien s'amuser un peu), sans pour autant ressentir de fatigue. Cette fois, ce col ressemble exactement aux Vosges. Mais il ne me plait pas. Il n'offre aucune vue sur les paysages alentours. Heureusement, la forêt me protège de la chaleur. Après une longue descente, j'entre dans les collines, au coeur de la Transylvanie. La chaleur y est écrasante. Il fait lourd et l'orage ne va pas tarder à venir. Je ne m'y trompe pas. 20km après Praid et ses mines de sel, j'aperçois des éclairs, et la température devient plus fraîche. Le vent souffle de tous les côtés. D'abord de dos, puis de face, puis de côté, et, enfin, de 3/4 dos. Voyant venir l'orage, je trouve une maison abandonnée à quelques kilomètres de la zone orageuse. Je m'y abrite et laisse passer. Très violent, il durera plus d'une heure.
Ainsi,  je n'ai pas encore goûté à la pluie sur le vélo depuis le début de mon voyage. Je poursuis ma route lorsqu'il s'est arrêté de pleuvoir. Dans les villages, j'aperçois des églises, signe de la présence Hongroise et Saxone il y a déjà quelque siècles. Cependant, je remarque qu'ici aussi, les églises orthodoxes poussent comme des petits champignons, ce qui montre un brassage certain de la culture et une acceptation de cette province à la Roumanie et inversement. N'oublions pas qu'ils ont un ancêtre commun: les Daces, ce qui est un trait unificateur de la Roumanie.
Le soir, après avoir planté ma tente, je crois voir bouger quelque chose dans le champ de maïs. Le vent certainement. Puis je m'aperçois qu'il s'agit en réalité d'un petit chiot timide qui n'ose s'approcher de moi malgré mes encouragements. Tant pis pour lui.
La nuit, l'orage se refera entendre, mais moins violent. Cette fois, je décide de rester sous la tente, je verrai bien ce qu'il se passera...


9/09/08
Nades - Cartisoara:126km

Je me lève sous un ciel nuageux. Je me dirige vers la route. Derrière moi, j'entends aboyer. Il s'agit du petit chiot de la veille, triste de me voir partir. Je m'approche de lui, ce n'est pas un, mais 3 chiens qui arrivent, curieux de ma présence.

L'un de mes gardiens de nuit

J'empreinte une grande route fréquentée et dangereuse, mais toujours aussi bonne depuis Gheorgeni.
En fin de matinée, je visite la très touristique citée médiévale de Sighisoara. Elle a été fondée à la fin du XIIème siècle par des Saxons que le roi de Hongrie avait invité, notamment afin de défendre son royaume. Jouant un rôle commercial, Sighisoara devient l'une des villes les plus importantes de Transylvanie. Son beffroi témoigne de l'importance qu'ont joué les artisans et les commerçants de la ville.

Beffroi de Sighisoara


Le soleil commence à faire son apparition. Je me dirige vers Agnita par de petites routes assez peu fréquentées. Dans chaque village figure une église fortifiée Saxone. Elle avait pour but de protéger les villageois des Turcs, dont la présence s'est fait sentir dès le XIVè siècle. Dans certains rares villages, une tradition persiste encore, bien qu'elle ne se pratique quasiment plus: celle de déposer au sein de l'église des provisions afin de prévenir contre un attaque de "l'ennemi Ottoman" (c'est plus, je pense, une façon de commémorer cette période de leur Histoire). "L'ennemi Ottoman". J'y pense depuis quelques temps. En effet, j'ai beaucoup d'avance par rapport à mes prévisions et je ne désire pas me retrouver à attendre 10 jours à Bucarest. Je songe aller à Istanbul. Je vais y réfléchir. Je dois encore monter dans le Fagaras, et après, je verrai.

Eglise fortifiée

Le coeur de la Transylvanie est si paisible...

L'état de la route est varié. Les collines sont sauvages et j'y vois nombre de paysans s'affairer avec leur charrette afin d'y ramasser les foins.
Les populations locales me font part, comme d'habitude en Roumanie, de leur bonne humeur. Certains m'arrêtent pour me demander d'où je viens. Les signes d'accueil ne manquent pas ici.
Je reprends une nationale en travaux pour me diriger dans le Transfagaransan. Je campe aux pieds de cette chaine de montagne située au Sud des Carpates qui détient les plus hauts sommets de Roumanie, à plus de 2500m.
Aucun nuage sur les Fagaras. De plus, demain, il fera beau, vient m'assurer un roumain...

Vue sur le massif des Fagaras depuis mon terrain de bivouac...

10/09/08
Cartisoara - Corbeni:105km

Une nouvelle fois, je me réveille avec un ciel nuageux...sur les sommets des Fagaras. Tout comme les pics des Dolomites, cette chaine doit concentrer les nuages. Je retarde mon départ, mais le ciel ne se débouche toujours pas sur les sommets. Tant pis, je pars finalement vers 10h sous les coups de feu tirés par les chasseurs. Alea jacta est. La montée débute par de la forêt, et les nuages se dissipent doucement. Un, puis, deux, puis trois automobilistes me prennent en photo en train d'effectuer l'ascension. Décidément, je suis une attraction (génial, ça!), et cela se confirmera encore au sommet! La suite est splendide, car je passe de la forêt à une route à flan de falaise d'où j'aperçois une cascade, puis j'entre dans des pâturages tout en apercevant au loin le sommet et en me retournant, la vallée et la plaine transylvaine. Seul hic, les câbles du téléphérique qui gâchent un peu le paysage. Sur cette route tracée par Ceaucescu, les pourcentages ne sont pas très élevés. Mais ses 30km de montée en font la plus longue ascension de mon voyage.



Au sommet du pasul Balea, à plus de 2000m d'altitude, je rencontre un couple de roumains, Costin et  Victoria, qui parle le français et m'explique qu'elle travaille à Bouygues Construction, à Bucarest. Je prends une photo avec eux. Je les recroiserai dans la descente, et ils m'inviteront chez eux à Bucarest lorsque j'y serai.



Avec Victoria et Costin

Puis, toujours au sommet, vient à ma rencontre Stefan, accompagné par son frère, sa femme et sa fille. Collectionneur comme son frère d'anciens jouets et particulièrement de voitures miniatures, il a créé son propre site dont je vous donne l'adresse:
http://www.miniauto.ro/. Il m'invite à manger au restaurant bordant le lac. J'apprends ainsi par une discussion instructive beaucoup sur les Roumains, la Roumanie et son Histoire en général. 
Ma nouvelle charette


Stefan et sa petite famille...

Après les avoir remercié du mieux que je pouvais, j'effectue les premiers kilomètres de descente près de leur voiture. Pour cela, il me faut passer par un tunnel. Mais la suite est magnifique sous un ciel sans nuage.
 


J'arrive à un lac dont la vue n'est pas fantastique. La route, elle, m'a marqué, car je retrouve plus tard une de ces fameuses routes qui fait tant l'attractivité de la Roumanie. 

Encore une attaque de chien. Je le serre sur la droite de la route l'obligeant ainsi à s'arrêter Je passe un barrage avant de finir ma descente. Sur le bord de la route, j'aperçois grand nombre de pensions. Pour ma part, je camperai dans une prairie près d'un ruisseau. Demain, je me dirigerai vers la Serbie. Faire un aller-retour à Istambul ne m'enchante guère. Et qu'y a t-il d'intéressant à faire entre Bucarest et Istambul? Pas grand chose. Or il semblerait que le Danube à la frontière Serbo-roumaine soit assez sympathique.
Seul le bêlement d'un troupeau de mouton le lendemain va me tirer de mon sommeil.


11/09/08
Corbeni - Balcesti:153km

Le départ s'effectue malgré tout assez tardivement. Sur la route, je rencontre un français au fort accent du Sud Ouest qui vient en Roumanie pour le travail. Il me signale qu'il y a un autre cyclo, qui me devance d'un kilomètre.
Le rattraper n'est pas une nécessité. Mais cela se fera au village suivant. Il s'agit d'un polonais qui est parti de Suceava pour rejoindre Split en passant par le Kosovo (une initiative intéressante). Par un heureux  hasard, il se dirige vers la Serbie, via Craiova puis Drobeta Turnu Severin. Sa route pour aller à Craiova est différente de la mienne. Je décide de l'accompagner. Il m'explique et me montre qu'il a cassé son dérailleur avant la veille dans le Transfagaransan et allait essayer de trouver un vélociste à Craiova. Au pire, il va loger chez des amis en Serbie qui pourront lui fournir ce fameux câble. En attendant, il est obligé de rester sur le plateau intermédiaire. Mais cela n'a pas l'air de freiner cette machine à rouler. C'en est fini des rencontres pour la journée, mise à part peut être à ma discussion avec un roumain pour bénéficier de l'eau de son puits. Pendant ce temps, le polonais, lui, restera impassible et froid.
Le soir nous campons dans un champ. Après avoir monté sa tente, il s'y enfermera et fera sa cuisine. Je ne le reverrai plus avant le lendemain.


12/09/08
Balcesti - Portile de Fer:162km

Cette deuxième journée en compagnie de ce polonais débute par des petits vallons, avant d'entrer dans la périphérie industrielle de Craiova, où sont montées les Dacias, voiture officielle de la Roumanie. La route contournant le centre ville, le polonais me propose de poursuivre notre route sans qu'il ne puisse réparer ici son dérailleur. Dès lors, c'est 100km de plat qui nous attendent sur une grande et bonne route. Je décide de m'arrêter dans un village pour acheter de quoi manger. Je trouve du pâté, mais pas de pain. Un Roumain me mène à une nouvelle épicerie où il m'achète le pain en refusant que je le paye. Je le remercie et repars. Le polonais, lui, surveillant les vélos, n'est toujours pas sorti de son impassibilité.
Il fait chaud. Nous nous arrêtons pour manger. Enfin, pour moi. Le polonais, lui, ne consomme que quelques carreaux de chocolat avec un peu de soda et est étonné lorsqu'il me voit engloutir 2,5 litres de soda en quelques dizaines de secondes.
Après le repas, je lui laisse enfin le relai. Un camion nous dépasse, juste après un feu rouge. Je saisis l'occasion: je "prends ses roues", autrement dit, je me met juste derrière. Non seulement il me protège du vent, mais en plus il m'aspire un peu. Il accélère progréssivement. Me voila à 64km/h sans réellement forcer (mais ma cadence de pédalage commence à devenir élevée). Ce doit être mon record en Roumanie (Transfagaransan compris), et sur du plat! Le polonais, lui, n'a pas suivi. Et pour cause, il n'a pas encore fait réparer son dérailleur avant! Je coupe donc mon effort, et décide de l'attendre. Une dernière côte en Roumanie vient couper les kilomètres de plats effectués aujourd'hui. Ca y est, je retrouve le Danube. Seul hic. Je prévois d'aller quelques jours en Bulgarie après être allé en Serbie. Je n'ai toujours pas trouvé de carte, ni dans des librairies locales, ni dans les grandes stations service. Cela m'inquiète, car j'aimerais avoir une idée de mon parcours en Bulgarie dès ce soir. Finalement, je pousse un ouf de soulagement lorsque je trouve une carte de la Bulgarie à Drobeta Turnu Severin. 5km plus loin, c'est la frontière. Malgré la sympathie et les plaisanteries bon enfant des douaniers Roumains (je n'en croyais pas mes yeux), le polonais reste de marbre et ne sourit pas: je ne l'ai vu qu'une fois sourire, c'est lorsque je lui ai parlé de mon hamac, que j'ai pris avec moi.
Nous traversons le Danube sur un barrage et faisons tamponner nos passeports avant de camper à 2km de la frontière.

Le Danube sur lequel survole une mouette.

J'aurais bien voulu savoir la raison pour laquelle il voyage à vélo tant il est froid et distant. Sans doute plus pour les paysages et l'éloignement du quotidient. Mais, je n'aurai même pas l'occasion de lui poser cette question, car, comme la veille, il s'enfermera dans sa tente une fois montée (qui sait, peut être qu'il y cache un trésor). J'avais ressenti une certaine tension qui pesait entre nous depuis quelques temps. Je suis plutôt de caractère latin, ce qui diffère probablement complètement de son tempérament réservé et impassible. Bref, il me fait signe qu'il partira le lendemain à 9h. Comme je ne serai pas encore réveillé, il partira sans moi.


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