13/09/08
Portile de Fer - Debeli Lug:100km
Je quitte enfin le polonais, sans même savoir son nom. Il me demandera toutefois mon adresse mail pour m'envoyer un lien qui m'enverra sur son site. Dois-je cependant regretté de l'avoir rencontré? Avec le recul, non, pas vraiment, car cela fait partie des péripéties et des rencontres insolites du voyages. Rouler avec lui a été malgré tout assez enrichissant, car il a pu m'apporter son expérience.
Et, après quelques recherches une fois de retour en France, je réussirai à le contacter. Il s'appelle Michal Wolff et voici son site: http://www.wyprawyrowerowe.neostrada.pl/ .
Si, comme moi, vous avez encore du mal avec la langue polonaise, je dois dire, qu'avec l'aide d'un moteur de traduction sur internet, on arrive à comprendre quelques mots. Et la description qu'il fait de moi est pour le moins assez véridique sur quelques points...
Je dois admettre que ses expériences de voyages sont grandes et qu'il livre le récit de destinations fortes attrayantes. Pour le Kosovo, qui figure sur son chemin cette année, c'est promis, j'irai faire un tour un jour là bas pour voir ce qui s'y passe réellement. Un peu de curiosité de fait pas de mal.

Voici une photo que j'ai pu trouver de lui sur son site
Aujourd'hui, le ciel est nuageux, et j'assiste à des averses tout le long de la journée. C'est mon premier jour de pluie depuis le départ. Heureusement, celle ci n'est pas froide. C'est une pluie qui, finalement, fait du bien,, car je n'ai plus pris de douche depuis mon premier soir en Roumanie. Je n'aurai plus l'occasion d'en prendre jusqu'à mon dernier soir en Roumanie, soit près de 3 semaines sans prendre une douche! Record à battre pour mon prochain périple.
Le Danube ne m'a jamais paru aussi beau. Dommage que la météo s'en mêle. Je rencontre alors des touristes roumains étonnés par ma monture qui partent en vacances jusqu'en Croatie, dont l'une parle le français fort bien. Florentina (c'est son nom) a notamment fait une partie de ses études à Nantes. Ils feront quelques photos de mon sur le vélo et m'inviteront pour un éventuel prochain séjour en Roumanie.

Le Danube s'écoule ici dans des gorges
Par la suite, je rencontre 2 cyclistes allemands qui partaient jusqu'à Sibiu. Ils m'ont fait signifier que c'était, tout comme moi, leur premier jour de pluie. Je leur demande s'il ont vu un autre cycliste devant moi. La réponse est positive. Le polonais a une heure d'avance. Je leur dis qu'il est pour le moins froid et peu souriant. Ils se mettent à rire: sans doute l'ont ils remarqué également.
Le vent est tournant. Désormais, il souffle de dos. Après avoir échangé de l'argent (me voila un peu plus riche, j'ai 1500 dinars alors que j'ai donné 20€), j'entame ma première côte en Serbie. C'est une petite route en mauvais état (rien à côté des routes roumaines) qui ne donne pas vraiment de vue sur le Danube, ni sur rien d'ailleurs. L'ascension se fait avec une vue...sur les arbres! Le temps nuageux et pluvieux n'arrange pas les choses. Mais pire que tout, me voici sur des pentes irrégulières à parfois près de 10%. A chaque fois qu'il y a un replat, je me dis que ma montée est terminée. En vain, les pourcentages raides reprennent quelques mètres plus tard. Cette interminable montée durera pendant près de 17km, avec une très (trop) courte descente au milieu. La descente n'en est pas vraiment une tant son profil est fait de "yoyos". J'entre dans la première ville de Serbie. Elle n'est constituée que d'immeubles presque identiques. Les nuages bas s'y ajoutant, cela la rend encore plus triste. La Serbie, c'est encore différent, par rapport à la Roumanie.
Cependant, les Serbes constituent la très bonne surprise de ce voyage. Ils se montrent très accueillants et souriants. Si je ne me suis pas fait invité lors de ces 3 jours, je n'ai reçu que des sourires et des encouragements. Après tout, me faire inviter n'est pas ce que je recherche par dessus tout et à tout prix. Bien sûr, c'est par des invitations que l'on apprend le plus sur un pays et ses mentalités. Mais cela engage à se coucher tard et à faire un effort pour comprendre ce que l'hôte dit. Après une dure journée de vélo, je ne sais si je suis capable de le reproduire tous les soirs. Quelques fois, j'aime aussi la tranquillité dans ma tente. Je pense que si je l'avais demandé, les Serbes m'auraient généralement invité. Mais je tiens aussi à me montrer autonome, montrer que j'ai un logement pour la nuit, ma tente, sans dépendre des populations locales. Non, ce que j'attends d'elles, c'est simplement un salut, un signe de main, un sourire, voire un encouragement. C'est pourquoi je me trouve agréablement surpris par le sens de l'hospitalité Serbe. Une invitation constitue là un sommet de l'accueil qu'une population peut offrir. L'hospitalité roumaine me l'a démontrée à plusieurs reprises.
Arrivé donc à Majdanpek, je cherche à constituer un petit stock de nourriture. Je ne trouve pas de quoi acheter du pain malgré que je sois allé dans 2 épiceries. Le mot même de pain échappe à la compréhension des Serbes. L'un m'explique de manière très amicale: "Grad". Ok, j'ai compris le sens de ce mot qui est le même qu'en russe. Je me dirige vers le centre ville et trouve un petit supermarché. Je demande: "Pain; Brot; Brod; Pani; Paîne?". Les vendeuses ne comprennent pas. Au bout de quelques minutes et malgré mes efforts, je me retourne. Miracle ils sont là! L'anecdote est amusante et a fait rire autant les vendeuses que moi même. J'en prends 3 puis repars. Je pense que ces caissières ne sont pas prêtes d'oublier un jeune cycliste français qui passait un jour de pluie en septembre dans un coin où nul touriste ne passe pour leur demander du pain...et c'est réciproque!
Quelques kilomètres plus loin, je trouve un endroit pour camper alors que la pluie s'est arrêtée. Je demande de l'eau à une habitante, ce qu'elle fera tout naturellement. Puis je m'endors après avoir eu un peu de mal à digérer le thon Serbe.
14/09/08
Debeli Lug - Zagubica:41km
Oh! Voila qui est surprenant! C'est le premier jour où je n'atteins pas les 100km!! Ce n'est pas normal me direz vous. Mais les conditions ont fait que j'en arrive à cette situation.
En effet, je me lève sous un ciel toujours pluvieux. Mais cette fois ci, rien à voir avec la veille. Il fait froid, et je suis obligé de me couvrir. Je monte alors un premier col dont la pente est, comme toujours ici, irrégulière et atteint parfois les 14%. C'est une pluie froide, accompagnée de nuages très bas et surtout d'un vent glacial qui m'attend au sommet. Je me dirige vers un abri sur le bord de la route. Il fait très froid. Je décide donc d'attendre dans cet abri et de me réchauffer comme je le peux. J'attache mon hamac dans cet abri de fortune, et plonge au fond de mon duvet. Il en sera ainsi jusqu'à...16h! De là, un paysan vient à ma rencontre et me dit qu'il y a un bus qui va passer dans quelques temps. Malgré ma réticence habituelle à prendre tout autre moyen de transport que le vélo, je me prépare...mais trop tard. Il est reparti sans moi. D'une certaine manière, c'est tant mieux, car cela m'oblige à repartir. Je continue sur 35km durant lesquels je monte un nouveau col entièrement dans le brouillard. Je commence à être habitué de ces montées Serbes, et je ne m'excite pas lorsque je vois un replat, car je sais que la montée n'est pas finie. Il commence déjà à se faire tard. Et, quelques hectomètres avant Zagubica, je plante ma tente dans une prairie, alors que la pluie s'est, comme la veille arrêtée. Un paysan vient me voir. D'après ce dont j'ai compris, cette prairie est à lui et ses chiens l'ont averti. Je lui dis que je compte dormir ici. Je ne comprends pas sa réponse. J'utilise alors une expression universelle: "Nem problem?" (no problemo en italien, kein problem en allemand, no problem en anglais, nem problem en hongrois). "Nema problem, nema problem!". Ok, c'est super, je peux planter ma tente.
15/09/08
Zagubica - Kireevo:106km
C'est sans surprise que je me lève sous un ciel nuageux, avec à nouveau quelques averses. Le paysan de la veille m'apporte alors de l'eau et me demande si j'ai passé une bonne nuit. En le remerciant de l'attention qu'il me porte, je pars pour une nouvelle journée un peu pénible. Je ne verrai pas ces montages Serbes. Après avoir traversé Zagubica, je me dirige vers un col à près de 1000m avec toujours une pente très irrégulière, et en quasi-totalité dans le brouillard.
Dans la descente, je longe un lac que je peine à apercevoir. Des chiens me poursuivent encore. Prévoyant le coup, je leur fonce droit sur eux, puis les serre sur le côté de la route. C'est assez excitant en fait, et je m'amuse. Cela me fait sortir de la monotonie qui m'envahit parfois lorsque je roule seul.

Magnifiques paysages de Serbie...Non, en fait, de la Serbie, je n'ai vu que les nuages et du brouillard, mais pas les montagnes...
La pluie s'intensifie. Je m'arrête dans un tunnel pour m'abriter et pour me protéger du froid. A Zajecar, je m'arrête dans un Cybercafé qui m'a coûté 20Dh (25centimes) pour une demi-heure. Puis je vais en banque faire ré-echanger mon argent. "Allez à l'autre guichet Monsieur" m'explique la guichetière d'un geste. La suivante fera les mêmes gestes. Tant pis, il me reste 700Dh (9€) qui me serviront à faire des provisions pour la Bulgarie. En sortant, je fais une rencontre insolite. 5 hippies allemands qui partaient sur une durée indéterminée pour la Grèce à vélo. L'un d'eux portait, à mon grand étonnement, une djellaba. Ils avaient emmené avec eux notamment un chien, et une guitare. Inutile de préciser que leur distance quotidienne était fort réduite. Je discute un peu avec eux, puis repars.
Je me dirige vers la frontière. Les douaniers Serbes sont un peu pénibles et mettent du temps à me rendre mon passeport. Tant mieux, cela me permet de m'abriter plus longtemps de la pluie.
Arrivé en Bulgarie, je prends une petite route sur la droite, qui, à ma grande surprise, n'est pas défoncée.
La pluie s'intensifie, je manque de tomber car il y a une petite crevasse sur la route qui était cachée par l'eau. Dans ce "no-man's land", je trouve une maison abandonnée pour m'abriter de la pluie. Je décide alors d'y passer la nuit. C'est très poussiéreux, mais ça fera l'affaire.

Ma maison l'espace d'une nuit...